La crise économique au Venezuela a été vecteur d’instabilité politique. En effet, la politique économique de Nicolas Maduro se révèle désastreuse du fait du manque de diversification des secteurs d’activité. Cette situation entraine alors des contestations grandissantes au sein de la classe moyenne venezuelienne.

La crise économique a constitué un vecteur d’impopularité de Nicolas Maduro. Au début de l’année 2019, seulement 25 pour cent des citoyens avait une opinion favorable à son égard. La situation de la population est très compliquée, leur quotidien est marqué par des longues heures d’attente pour récuperer des denrées alimentaires dans les points de vente, devenues si précieuses au Venezuela. Les services et infrastructures publics, marqués par des coupes budgétaires drastiques sont aujourd’hui, en trèsmauvais état, avec des hôpitaux à court de médicaments ou d’électricité. A la suite des élections présidentielles en mai 2018, le président sortant l’a emporté, avec 68 pour cent des voix. Mais face à son impopularité, connue aux yeux de la communauté internationale, de nombreux pays étrangers ont contesté la légitimité de ces élections et ont alors dénoncé des fraudes. Dans ce contexte tendu, une personnalié presque inconnue il y a quelques années, s’est déclarée président par intérim : Juan Guaido.
Des conditions de vie dramatiques :
Le Venezuela vit aujourd’hui la plus grave crise économique de son histoire. Face au manque de ressources (lié à la chute de la valeur de sa production pétrolière), le pays est incapable de financer les services publics ou de faire venir des denrées alimentaires de l’étranger. Le manque de médicaments, entraine des difficultés pour soigner des maladies graves ou des cancers, les machines telles que les radiothérapies sont obsolètes ou hors-service. Dans les hôpitaux publics, les médecins sont rémunérés l’équivalent de 10 dollars par mois, ce qui entraine un départ massif du pays de cette profession. La pénurie d’électricité engendre des dysfonctionnements des pompes à eau, ce qui entraine des pénuries d’eau potable et des problèmes de contamination qui sont source de problèmes de santé notamment chez les enfants et les personnes fragiles. Ce manque d’eau combiné à une inflation démentielle entraine une disproportion du prix de l’eau: il faut désormais plusieurs centaines de milliers de bolivars soit plusieurs mois de salaire pour se procurer un litre d’eau. Face à cela, beaucoup de venezueliens préfèrent aller chercher de l’eau directement à une source naturelle, faisant parfois plusieurs heures de marche. La pénurie alimentaire est visible par le biais de sondages montrant que 90 pour cent de la population n’a pas les moyens de manger correctement. En effet, les aides de l’Etat, se réduisant à un paquet de riz et de pâte par mois ne sont pas suffisants pour nourrir une famille. La population essaye alors de se procurer de la viande sur la marché noir mais celle-ci est à plus de dix dollars le kilo quand le salaire moyen est de 30 dollars.
Des élections contestées :
Dans ce contexte, il est logique que la grande majorité des venezueliens veuille en finir avec le régime en place. Pourtant, les élections ont donné la victoire au président sortant. Face à cette situation si la Chine, la Russie, Cuba ou le Nicaragua ont félicité Nicolas Maduro, l’Union Européenne, les Etats-Unis ou encore l’opposition vénezuelienne ont contesté la légitimité et la légalité de ces élections. Cette contestation émane de plusieurs décisions jugées par ces pays comme anti-démocratiques. Le grand rival de Nicolas Maduro, Henrique Capriles Radonski avait été déclaré inéligiblble en avril 2017 par la Cour Suprême dans le cadre d’irrégalurités administratives dans l’affaire Odebrecht. Celui-ci avait d’ailleurs récolté 49 pour cent de voix durant la précédente élection de 2013. Par la suite, Nicolas Maduro aurait indirectement acheté des voix. En janvier 2017, celui-ci avait instauré les carnets de la patrie. Ses détenteurs avaient alors des avantages sociaux, comme des tarifs préférentiels pour acheter des biens de première nécessité. Durant les élections, tous les citoyens ayant votés pour le président sortant avait alors eu le droit à des recharges de ces cartes, dans un contexte de situation alimentaire excessivement tendue. De plus, l’opposition déplore également le fort taux d’abstention qui est de 54 pour cent.
L’auto-proclamation de Juan Guaido :
Le 5 janvier 2019, Juan Guaido est élu président de l’Assemblée Nationale, dans un contexte où le pouvoir législatif de l’Assemblée avait été fortement réduit et transféré depuis juillet 2018 à une Assemblée constituante, sous le contrôle de Nicolas Maduro. Lorsque Juan Guaido s’auto-proclame président du Venezuela le 23 janvier, il n’est donc pas en position de force, puisque initialement il est président d’une chambre dont le pouvoir a été réduit d’une manière considérable. Cette Assemblée avait déclaré en parallèle ne pas reconnaître l’élection de Nicolas Maduro. La montée en puissance de Juan Guaido débute réellement après le 10 janvier, date à laquelle Nicolas Maduro est reconduit à ses fonctions pour un second mandat. Il instaure alors une série de « calbido » (l’idée de réunir le peuple dans des situations urgentes) liés à des manifestations pacifiques dans le but de faire céder le pouvoir en place. Le 23 janvier, il prête serment et s’auto-proclame officiellement président du Venezuela, au cours d’une manifestation organisée dans la capitale. L’Union Européenne ou les Etats-Unis reconnaissent la légitimité de Juan Guaido.
Depuis lors, le gouvernement de Maduro fait pression sur Juan Guaido notamment par le biais de manoeuvres d’intimidation ou d’accusation. En mars 2019, dans le contexte de la panne électrique qui touche le pays, la justice venezuelienne accuse Juan Guaido de « complicité de sabotage avec les Etats-Unis ». En octobre 2019, Iris Varela, la ministre du service pénitentiaire avait traité Juan Guaido de délinquant et de criminel.