En novembre dernier, dans le cadre des lundis de Sainte-Marie, Tristan Garcia, écrivain et maître de conférences à la faculté de philiosophie de l’Université Jean Moulin à Lyon, a tenu une conférence, avec comme sujet la question du rire.
Tristan GARCIA est maître de conférences à la faculté de philosophie de l’Université Jean Moulin Lyon III. Écrivain et philosophe, il a publié plusieurs ouvrages, entre autres : La Meilleure Part des hommes (Gallimard, 2008), Mémoires de la jungle (Gallimard, 2010) ; 7 (Gallimard, 2015).

Cette question du rire est alors abordée en trois parties : Tristan Garcia fait d’abord un état des lieux, puis une analyse de la période actuelle et, pour finir, une présentation des trois formes de rire.
Tristan Garcia commence alors à expliquer le contexte : dans notre société actuelle, marquée par l’avènement du politiquement correct, les comiques doivent alors peser les mots qu’ils emploient dans l’optique de ne pas blesser, de ne pas choquer certaines minorités (religieuses, culturelles, ethniques ou sexuelles), et par conséquent afin ne pas être poursuivis en justice. Des comiques décident alors de mettre en place des stratégies. La première est celle du consensus, l’idée d’un humour politiquement correct à l’état pur. Le conférencier prend alors l’exemple de Gad Elmaleh. La seconde stratégie est l’auto-dérision, notamment pratiquée par Blanche Gardin. La dernière stratégie est le rire communautaire passant par des stéréotypes sur sa propre communauté.
Puis, Tristan Garcia évoque des théories scientifiques sur le rire. Le politiquement correct aurait tendance à atténuer le rire. Ce rire est jugé vital pour l’Homme, celui-ci est vecteur de bien-être. Selon Herbert Spencer, philosphe anglais du XIXème siècle, influencé par la pensée de Darwin, le rire aurait un caractàere physiologique et aurait une origine animale. Si, initialement, chez les primates, le rire est signe de soumission, de rabaissement social, ces derniers seraient capables de comprendre les blagues. Le primatologue Pascal Pique en a alors fait l’expérience. En effet, il décide alors de faire une observation, en se déguisant en animal féroce, en prédateur. Immédiatement, les singes ont peur, grimpent aux arbres, mais, lorsque le masque tombe, les singes comprennent la blague, et rient. Par la suite, ces primates récupèreront le costume de prédateur pour imiter l’homme qui a fait la blague.
Puis pour essayer de répondre à la question : « Peut-on rire de tout ? », le conférencier se fonde sur trois formes de rire. Le premier est le rire de mépris, illustrant la manifestation de la supériorité de quelqu’un, avec un caractère narquois, l’idée est de se moquer de quelqu’un. Ce rire est alors lié à un sentiment de supériorité, l’individu estime qu’un autre individu à un côté ridicule et rit de celui-ci. Ce rire peut avoir des effets néfastes, celui-ci serait vecteur de conflits, voire de guerre civile selon Thomas Hobbes, puisque ce rire découle d’un manque d’empathie, ce qui nuit à la cohésion sociale. Puis, le rire de civilisation a un caractère implicite. Ce dernier cherche à éviter la censure, à faire des blagues au sein d’une communauté. Ce rire est souvent rattaché au milieu des salons. Ce rire passe par des codes compréhensibles au sein d’un groupe social restreint. Par ailleurs, le rire cosmique n’est ni narquois ou blagueur. Selon Tristan Garcia, ce rire serait rattaché à une attitude existentielle. Ce rire n’a pas de début ou de fin, il s’agit d’une attitude générale. Pour mieux comprendre ce rire, le conférencier a alors donné un exemple, celui du carnaval. Dans cette situation, il existait une inversion des rôles, les personnes modestes s’habillaient comme s’elles étaient issues de la haute société, ce rire a donc, en quelque sorte, un caractère absurde. Pour finir, Tristan Garcia estime que formuler une réponse à la question : « Peut-on rire de tout ? » peut se révéler délicat, la question étant mal posée puisqu’il faut avant toute chose tenir compte des trois formes de rire.